Il avait rencontré sa famille, à elle. Il s’y était plongé cœur et âme. Pour tout dire, il avait trouvé là, quelque chose, qui sans doute lui avait fait défaut depuis de nombreuses années. Son frère, à elle, était devenu son frère, à lui. Sa sœur, à elle, était devenue sa sœur, à lui.

Et puis la réalité le contraint à sortir progressivement de sa bulle de béatitude. Le stress des examens le rendit moins agréable à vivre. En fuyant, une boule au ventre, il ne savait pas s’il la reverrait. Il avait lutté contre l’angoisse en s’absorbant dans la préparation de ses examens.

En la voyant, il fut submergé d’une onde de bien être, une douce chaleur partant du cœur, irradiant dans tout son être. Il ralentit, un sourire d’abord réservé, puis de plus en plus épanouis au fur et à mesure qu’il se rapprochait d’elle, le pas de plus en plus rapide. Les yeux humides, ils s’embrassèrent. Main dans la main, ils prirent la direction de son appartement, à elle, à deux pas de la fac. C’était la première fois que quelqu’un venait le chercher ainsi. Que quelqu’un lui montrait de la sorte, un attachement à lui. Son regard à la vie, ne fut plus le même. Ce jour là, une part d’elle, pris en lui, une place un peu particulière. Celle des fondations qui demeurent à jamais, que l’on retrouve à leur place, quelques soient les séismes, quelques soient les affres du temps écoulé.      

À ses coté, à elle, il s’est coulé dans sa famille comme on plonge dans un bain. Il s’est immergé dans un bien-être dont il n’avait plus le souvenir. Vint l’hiver, Noël. Sans le sou, se sentant honteux d’arriver les mains vides, dans cette famille nombreuse, aimante, il trouva une astuce. Il achetât un schtroumpf, une petite figurine, à portée de sa bourse, à chacun, à l’image de ce qu’il avait perçu d’eux. Et lui, fut accueillis, comme s’il en avait toujours été, de cette famille.

Les années précédentes, il avait été pion. Il avait donc eu un salaire, et une totale indépendance financière vis-à-vis de son père. Privilège rare pour un étudiant. Mais ses déboires universitaires avaient aboutit à la perte de son poste. Cette année-là, il ne disposait donc que d’une maigre indemnité de perte d’emploi qu’avait complété très modestement son père. Complément qu’il partageait par ailleurs avec son frère, ce dernier en rupture avec leur père.

Depuis un an et demi, il pratiquait la voile. Comme cadeaux de noël, son père avait accepté de lui offrir un stage de voile pour la semaine de vacance de février.

Et bien sûr, le retour du marin, et bien ce fut le retour du marin. Quelque chose foira, une autre fonctionna trop bien. Mais le résultat, fruit de circonstances un peu hasardeuses, fut, et bien, fut le début d’un nouveau bonheur.

La question ne se posa guerre. À peine évoquée, aussitôt évacuée. Ils ne passeraient pas à coté de ce bonheur là, qui se profilait, qui s’était consciencieusement mis à grandir, cellule après cellule, bien abrité en une ouate intérieure.

En à peine six mois, la vie, pour lui, s’était métamorphosée. Elle n’avait plus rien de comparable à ce qu’il avait connu. Il y avait eu un avant. Il y avait un maintenant.

De longs mois suivirent. Long de leur remplissage, long d’angoisse, parfois. Leurs vies étaient remplies, à elle comme à lui. Tout deux étudiants, à préparer des examens, à rédiger des mémoires.

Et puis ce posait la question de leur subsistance. Ils ne risquaient rien, évidemment, mais ils se voyaient mal dépendre à trois de leurs parents respectifs. Il n’avait aucune chance de récupérer le poste qu’il avait perdu, même en réussissant cette fois ses examens. En revanche une nouvelle perspective s’ouvrait à lui arrivant en dernière année d’étude de pharmacie il pouvait postuler pour un poste de faisant fonction d’interne dans un hôpital. Et effectivement, à la rentrée suivante il obtint un poste, pas dans leur ville, dans un hôpital à quatre-vingt kilomètre, mais par chance sur une ligne de chemin de fer. Une heure de trajet, énorme pour les provinciaux qu’ils sont, mais à y réfléchir, dans la norme des gens vivant en région parisienne. Donc une question de réglée.

Il suivait l’option biologie des études pharmaceutiques. Et à cette époque, en biochimie, était abordés tous les cas rares, d’origine génétique et toxicologique, de problèmes rencontrés en cours de grossesse. De quoi nourrir bien des angoisses pour un futur père découvrant tout, en directe, de ces mois de construction d’une nouvelle vie.

Elle suivit les cours et valida les examens de son DESS de psychologie clinique, puis s’attela à la rédaction de son mémoire. Ce dernier portait sur les observations qu’elle avait faites, d’un enfant autiste, dans le cadre d’un stage en établissement spécialisé l’année précédente.

Et dans leur nid, loin des facs, ils goutaient la douceur de vivre à deux, en observant indirectement une petite chose grandir dans son ventre à elle.

Juillet arriva. Cela faisait un an seulement qu’ils se connaissaient. Et dans quelque mois, de deux, ils seraient bientôt trois. Ils décidèrent de se marier un an pile après leur rencontre. Ils s’était rencontrés un samedi, et les mariages ne pouvaient se faire que le samedi. En raison du calendrier il y eut donc un jour de décalage. Ils s’étaient unis pour la première fois un 22 juillet, ils se marièrent un 21 juillet. Ce fut simple. Un mariage civil à la mairie, avec juste les témoins, et une petite fête chez ses parents à elle avec juste leurs deux familles rapprochées, grand-mères, parents, frères et sœurs, et conjoints. Pas de costume, pas de robe meringue. Juste le bonheur d’être deux et quelque.